L’Ensemble Vt Mvʃica Poeʃis

 

Identité

Fondé par Frédéric Albou, l’ensemble Vt Mvʃica Poeʃis aborde le répertoire polyphonique développé par les compositeurs européens avant l’apparition de la monodie accompagnée et la création de l’opéra, afin de questionner les rapports entre la composition musicale et les textes, littéraires ou religieux, et, au-delà, les interactions entre musique vocale et autres formes d’arts, mais aussi, par voie de conséquence, dans le but d’interroger les couleurs vocales et linguistiques, sur un territoire européen où les créateurs voyagent sans cesse, et adaptent des textes d’autres langues ou pays que les leurs propres. Un travail et un questionnement sur les couleurs linguistiques, les couleurs vocales, les nuances dynamiques, les accentuations, les phrasés, accompagne donc une quête musicologique, sondant les sources originales, et les différentes manières d’écrire la musique, autant que les tempéraments adaptés aux musiques abordées.

Le répertoire naturel de l’ensemble va donc des premières polyphonies attestées, avec Adam de la Halle, à une époque où musiques et poésies sont souvent le fait d’une même personne, jusqu’aux madrigaux polyphoniques de Monteverdi ou de Schütz, publiés à l’époque de la création des premiers opéras. Beaucoup des partitions abordées par l’ensemble sont transcrites par Frédéric Albou, certaines en exclusivité mondiale, attendant encore d’être entendues au concert, et enregistrées. Dans d’autres cas, il propose des lectures transcrites de Codex ou de manuscrits distincts de celles qui circulent couramment dans les concerts, ou dans les disques.

En miroir de ce travail, Frédéric Albou, passionné par la pratique de la musique de chambre entre chanteurs, propose également des incursions dans un répertoire plus récent, qui doit souvent beaucoup à la facture des polyphonies, entre le Moyen-Âge et la naissance de l’opéra. Ainsi, il fréquente certaines œuvres de Messiaen, de Ligeti, de Marius Constant, et interroge, ainsi, la permanence de l’écriture en ensemble vocal, par-delà les fractures de l’histoire. Son expérience au sein de l’ensemble Soli Tutti enrichit profondément ce double regard.

Attentif aux points de rencontre entre les différentes formes artistiques, l’ensemble Vt Muʃica Poeʃis est un laboratoire d’expérimentations, dans lequel les frontières sont volontiers remises en cause. Jusqu’au début du XVIIème siècle, en effet, les mêmes compositeurs proposaient à la fois ce que nous appelons aujourd’hui de la musique de variétés (chansons lestes ou galantes, canzone et villanelles, madrigaux imitatifs, etc…) et de la musique savante (madrigaux littéraires, chansons sur des thèmes philosophiques, motets, œuvres religieuses), et les passerelles entre les genres étaient souvent poreuses. Il s’en dégage une invitation à regarder la musique de notre temps d’une manière différente, en tentant de réintégrer des domaines qui sont trop souvent opposés…

 

Projets

Une des ambitions associées à l’ensemble est de développer des évènements pluriels, dépassant le cadre traditionnel du récital polyphonique. La réalité artistique étant vécue comme plurielle, lorsqu’un compositeur met en musique un poème, dans la mesure où sa musique devient une proposition de lecture de ce texte, il semble intéressant de proposer au public un accès à la source littéraire… et même, de proposer, après cette première étape, plusieurs lectures, par différents compositeurs. La pratique musicale de la Renaissance, avec les parodies et les paraphrases, y invite d’ailleurs particulièrement. Cette exigence peut aller jusqu’à la mise en scène, ou l’intervention d’acteurs, ou d’autres artistes, tant il est vrai que la musique peut aussi devenir peinture, ou architecture, ou plus généralement théâtre.

Ainsi, par exemple, l’ensemble proposera à la Ville de Cachan, un projet autour du poète Eustache Deschamps, disciple de Guillaume de Machault, injustement oublié aujourd’hui, et ignoré des éditions universitaires : le poète, en effet, affectionnait ce lieu, où il pratiquait la chasse, au début du XVème siècle, et lui a consacré une Ballade. La Ville de Cachan a voulu lui rendre hommage, en lui dédiant une place, sur laquelle, gravé dans la pierre, on peut lire cette Ballade. Le projet consisterait à organiser un évènement, autour de cette place, comportant des lectures de poésies significatives d’Eustache Deschamps, agrémentées de musiques de son époque.

Un autre projet original consiste à proposer un concert lecture, autour de la nouvelle Le Voyage d’Anvers, écrite par Alfred Roubec, comme une suite oulipienne du Voyage d’Hiver de Georges Pérec, et dont le propos est d’intégrer les polyphonies de la Renaissance au corpus des « plagiats par anticipation » de l’OuLiPo : pour ce faire, l’écrivain a construit son œuvre comme une énigme, dont les pierres sont différentes œuvres polyphoniques significatives, et combinatoires, qui auraient été pillées par les grands noms de la musique… et de la poésie, et devraient être, en définitive, restituées à Hugo Vernier, le porte-nom désormais célèbre de ces « plagiats par anticipation » du cénacle littéraire.

Parmi les objectifs que se propose Frédéric Albou, il convient de citer le désir de rendre leur « voix » à des créateurs encore inconnus aujourd’hui du public, ou de faire connaître des recueils, ou des œuvres, qui sont encore dans l’ombre. Entre autres, il voudrait faire découvrir le rôle joué par cet étonnant personnage féminin, Marguerite d’Autriche, en tant que mécène, et protectrice d’artistes, et souligner l’influence esthétique qu’elle a eu, tant sur les poètes que sur les musiciens, en révélant les trésors contenus dans ses deux chansonniers, où résonnent les vicissitudes de sa vie politique et privée… et qui sont tellement lourds de conséquences qu’ils influenceront jusqu’à Du Bellay, dans ses Regretz.

L’ensemble s’attache également à faire connaître le style du motet polyphonique français, particulièrement parisien, dont l’esthétique est tout aussi singulière que son équivalent profane, la chanson polyphonique… mais qui attend encore aujourd’hui un ouvrage musicologique distinguant ses traits caractéristiques. Ceux-ci sont pourtant absolument distincts du motet flamand, par exemple, et les plus belles réalisations de cette école sont tout aussi remarquables que celles des voisins du Nord.

Parmi les compositeurs que l’ensemble souhaite faire connaître plus particulièrement, il convient de citer Johannes Tinctoris, Antoine Févin, Antoine Brumel, Dominique Phinot, Anthoyne de Bertrand, Luca Marenzio, ou Jean Servin.

Au nombre des compositeurs les plus connus, l’ensemble est également particulièrement attaché à Johannes Ockeghem, Josquin Deʃprez, Nicolas Gombert, Clément Janequin, Claudin de Sermiʃy, Orlande de Laʃʃus, Claudin Le Jeune, Claudio Monteverdi, Heinrich Schütz… Il souhaite proposer de nouveaux éclairages pour redécouvrir ces compositeurs. Entre autres, relire les Magnificat de Gombert,  Le Lagrime di San Pietro, les Lamentations et les Psaumes de Pénitence de Laʃʃus, ou les Madrigaux Italiens, de Schütz, constitue un passage obligé. L’ensemble est également désireux d’explorer aussi systématiquement que possible un répertoire qui contient des pages miraculeuses, à la Renaissance : les Leçons de ténèbres écrites pour la Semaine Sainte, sur les Lamentations de Jérémie le prophète. Presque systématiquement, ces textes ont inspiré aux compositeurs leurs pages les plus intenses et saisissantes, et c’est généralement la quintessence même de l’art polyphonique qui, de Tallis à Laʃʃus, en passant par Tinctoris, Brumel, Sermiʃy, Crequillon, Palestrina, Byrd, White, Gallus, et bien d’autres (dont plusieurs anonymes), s’exprime dans ces œuvres. Différents Codici et manuscrits, ainsi que des éditions originales du XVIème siècle, sont sur la table de travail, en attente de révéler leurs secrets au grand public.

Allant de 1 à 24 chanteurs, l’ensemble vocal Vt Muʃica Poeʃis s’enrichit, le cas échéant, de la participation d’instrumentistes. Sa structure est associée à celle de l’organisation ECORCE, créée et animée par Sylvain Leclerc, avec qui Frédéric Albou collabore régulièrement depuis mai 2014. Ainsi, la série de programmes proposés par Frédéric Albou s’inscrit dans l’ambition d’ECORCE de mettre tout le répertoire musical classique à disposition du public. Une véritable volonté pédagogique et plurielle anime les deux responsables et leurs musiciens, pour aller à la rencontre des publics et estomper les éventuelles difficultés culturelles qui pourraient les empêcher de jouir de ce qui est pourtant leur bien commun !

 

Biographie de Frédéric Albou

Chanteur-acteur passionné  et intense, élève de Janine Reiss, de Neil Semer, et de Christiane Patard, Frédéric Albou, après avoir étudié les relations entre poésie et musique à la Renaissance, sous la direction de Jean-Pierre Ouvrard, pratique de nombreux repertoires, depuis la musique grecque antique (avec Annie Bélis et l’Ensemble Kérylos), les polyphonies de la Renaissance (avec Paul Van Nevel et le Huelgas Ensemble, et à la tête de l’ensemble Vt Mvʃica Poeʃis), la musique baroque (avec Hervé Niquet et le Concert Spirituel), le bel canto (Haendel, Pergolesi, Mozart, Rossini), l’opéra romantique (Wotan, Amonasro, Sparafucile, Zurga, Gremine, le Comte Des Grieux), l’opéra moderne (Kurt Weill, Benjamin Britten, Hans Werner-Henze, Carlisle Floyd, Christophe Belletante), la musique contemporaine (Henry Dutilleux, Hans Werner-Henze, Carlisle Floyd, John Adams, Christophe Belletante, Jean-Christophe Rosaz, Sylvia Filus, Marc Kowalczyk, ainsi qu’avec l’ensemble vocal Soli Tutti), la musique sacrée (Monteverdi, Schütz, Rosenmüller, Bach, Haendel, Mozart, Haydn, Verdi, Dvorak, Fauré, Franck, Chesnokov, Caplet), ou la musique de chambre (Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Tchaikovsky, Rachmaninov, Encke, Shostakovich, Weinberg, Kabalevsky, Sviridov). Il met en particulier son exigence et son tempérament passionné au service de la découverte, ou de la redécouverte, de répertoires injustement méconnus. Il est aussi acteur, au théâtre, endossant notamment le rôle principal de la pièce Le Choix d’Hercule d’Hippolyte Wouters, dans deux productions différentes. Il se produit au Théâtre du Châtelet, au Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, ou au Centre Chostakovich, à Paris, et avec la compagnie Opera Classica Europa, le Théâtre des Lunes Errantes, au Festival Off d’Aix-en-Provence, au Château de Rochambeau, au Château de Buc, au Musée d’Art Ancien et Contemporain d’Epinal, au Musée Archéologique de Lyon, au Muma du Havre, à l’Auditorium du Louvre, au Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, à l’Université de Manchester. Passionné par les rencontres avec des répertoires nouveaux, et d’autres modes d’expression artistique, il créé et écrit des spectacles transversaux, qu’il ouvre à des artistes de familles différentes, comme le dessinateur Miguel Donguy-Pellerin, la danseuse Hai-Wen Hsu, la VJ Léticia Diaz-Juteau, les organistes Odile Jutten et Olivier Penin, l’actrice et chanteuse Ursula Deuker, l’orchestre Ecorce de Sylvain Leclerc, ou la chanteuse sans frontière Isabelle Poinloup.

Parmi ses réalisations les plus remarquées, il convient de citer la résurrection d’œuvres de Vladimir Encke, en 2011, au Centre Chostakovitch, à Paris, le rôle de Wotan, dans la Walkyrie de Wagner, avec l’Académie lyrique, à Vendôme, en juillet 2013, la reprise du rôle de Tristan, dans l’opéra du même nom, de Christophe Belletante, avec le Théâtre des Lunes Errantes, au printemps 2014, la première mondiale de l’Opus 33 de Weinberg, sur des Sonnets de Shakespeare, à Manchester, en octobre 2014, l’enregistrement du tout nouveau CD de l’Ensemble Kérylos, en octobre 2014 (à paraître), ou la première mondiale du cycle « Voce 1 » de Marc Kowalczyk, au MuMa du Havre, le 27 novembre 2014. Parmi ses projets, le Wotan de L’Or du Rhin de Wagner, avec l’Académie Lyrique, à Vendôme, en juillet 2015, ainsi que différents programmes musicaux, comprenant des créations (notamment un nouveau cycle de Jean-Christophe Rosaz), ou des reprises inédites, à suivre, sur son site : www.fredericalbou.com